Appart vide. Evier plein.

Publié le par grr atteint




La scène est à Paris.

Décor : un grand poteau gris très foncé surmonté d'un M bien jaune, une volée d'escaliers s'enfonçant dans la terre, une boîte aux lettres dont le jaune doit rappeler le M du poteau. Au fond à droite, une voiture verte attend à un feu. Au fond à gauche, une motocyclette attend à un autre feu. Durant toute la scène, les feux passent alternativement au rouge et au vert, laissant passer alternativement la voiture et la moto, qui, à force de se croiser, finissent par se reconnaître et se font des signes, amicaux au début, puis moqueurs, énervés, exaspérés. Ils en viennent aux mains, la voiture écrase violemment la motocyclette, du sang jaillit. Le tout en silence pour ne pas perturber l'action au premier plan.

 


Devant les escaliers , un jeune homme en costume noir, l'air respectable, cadre dynamique qui réussit dans la vie. Il regarde sa montre d'un air préoccupé, balance sa jambe gauche d'avant en arrière. Une jeune fille entre, robe légère mais noire, assortie au costume de l'homme, collier fin, argenté. Elle s'avance vers les escaliers.

LE GOUGEAT : Bonjour Mademoiselle, vous êtes majeure ?
LA JEUNE FILLE EN ROBE NOIRE : Pardon ?
LE GOUGEAT : Vous êtes majeure ?
LA JEUNE FILLE EN ROBE NOIRE : Oui, pourquoi ?
LE GOUGEAT : Vous êtes vraiment très jolie mademoiselle.
LA JEUNE FILLE EN ROBE NOIRE, cherchant à atteindre les escaliers : Hum, merci.
LE GOUGEAT : Non mais vraiment. (lui bloque la route, prend l'air admiratif, la contemple pendant une seconde.) Vraiment. Vous savez où dormir ce soir ?
LA JEUNE FILLE EN ROBE NOIRE, cherchant toujours à passer : Oui, merci.
LE GOUGEAT (il n'arrive plus à la bloquer, lui jette au passage) : Vous avez un copain ?
LA JEUNE FILLE EN ROBE NOIRE : Oui!
Elle descend les escaliers, s'enfonce, disparaît.

Deux jeunes filles entrent côté jardin. Très jeunes, l'une blonde et frisée, l'autre brune, très timide. Jogging, tee-shirt, baskets, l'air un peu perdues. Le jeune homme en costume vient juste de laisser partir la jeune fille en robe noire, il se précipite vers elles (deux enjambées lui suffisent, il est beaucoup plus grand qu'elles)

LE GOUGEAT : Bonjour Mesdemoiselles, vous êtes majeures ?
LES DEUX ETRANGERES : ...
LE GOUGEAT : Bonjour Mesdemoiselles, vous êtes majeures ?
LES DEUX ETRANGERES : (balbutient quelques borborygmes incompréhensibles d'un air désolé, se dirigent vers les escaliers)
LE GOUGEAT, leur barrant la route : Vous savez où dormir ce soir ?
LES DEUX ETRANGERES : (arrivent à passer, descendent les escaliers en courant.)


Au début de cette scène, je suis entrée, ai fait le tour du petit groupe pour aller poster une lettre. Je repasse devant le type en noir pour entrer dans le métro.

LE GOUGEAT : Bonjour Mademoiselle, vous êtes majeure ?
MOI : Ecoutez, je vous ai entendu demander ça à trois personnes en dix minutes, c'est vraiment pas sex.
LE GOUGEAT, un peu désarmé, me regardant descendre les escaliers sans songer à m'arrêter : ok. Gros bisous!
MOI : Un peu mieux, mais toujours bien dégueu quand même. Vous trouverez personne comme ça. 


La motocyclette au fond tombe en même temps que le rideau. Le conducteur reste du côté du public, toutes entrailles dehors. Applaudissements.
 

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Marianne 21/07/2009 14:10

Tu lui as vraiment dit ça ? lol, je vais mettre des micros cachés dans ton sac à main alors, ça a l'air marrant, ou alors je vais juste te suivre dans Paris...