et les feuilles rouges qui ne tombent pas.

Publié le par gratin

 

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"Alex repartira une demi-heure plus tard. Il aura toujours l'esprit occupé. Tellement occupé que ça en deviendra agaçant. Il alternera les moments d'énervement contre tous ces gens qui l'empêchent de respirer librement et de devenir ce qu'il est, et les moments d'exaltation pure où il aura brutalement l'impression d'être exactement au centre du monde, au centre de son monde en devenir. Il souffrira une fois de plus de cet étrange écoeurement, lié à la sensation de ne faire que monter et descendre des montagnes russes dirigées par un forain sadique. Il souffrira encore de l'absence de sens.

Parce que tout cela manque cruellement de sens. Se rendre dans une maison de repos pour parler à un mythomane qui n'est pas son père, alors qu'il n'adresse pas la parole au père qui vient de réapparaître dans son existence. Coucher avec Mélanie alors qu'il pense à Marion, et se souvenir du corps de Mélanie tandis que Marion se tient enfin à son côté. Sauver un petit garçon de l'étouffement alors qu'on suffoque sous le poids des autres. Se sentir seul dans les fêtes et trop peuplé dans le tête-à-tête. Poursuivre ses études sans concevoir un instant sur quoi elles pourraient déboucher. Apprendre des listes de mots qui n'ont aucune réalité pour soi -frêne, orme, hêtre, charme.

 

Ce qu'il faudrait maintenant, c'est agir. Agir au milieu du bordel. Organiser. Et ranger sa chambre. C'est ça, ranger sa chambre."

 

 

 

Jean-Philippe Blondel, Le Baby-sitter (Buchet-Chastel)

 

 

 


Publié dans roman français

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