L'établi

Publié le par mélanie

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J'étais attablée avec mes libraires préférés du moment (à savoir, mes patrons), et je racontais mon week-end :

-oui, ma mamie, blablabla...

-elle faisait quoi ta mamie avant d'être à la retraite, me demande alors-t-on.

-ho, elle a fait plein de trucs, elle changeait de métier quand elle en avait marre. Mon papy lui, était cadre chez Citroën.

-cadre chez Citroën ? Houuuu...

 

Si vous avez compris pourquoi Quentin s'écrie "houuuu" quand on lui dit cadre chez Citroën, pas la peine de lire L'Etabli

 

Un jeune homme (Robert Linhart, donc) plein de convictions entre chez Citroën afin d'aider les travailleurs à s'apercevoir qu'ils sont exploités et donc à se soulever. On est dans l'après mai-68, Citroën produit une 2CV toutes les quatre secondes et Robert entre directement à l'usine de choisy comme O.S. 2 (ouvrier spécialisé de catégorie 2, un échelon avant le plus haut dans l'usine) parce que... ben parce qu'il est français. Haha, oui, on ne rigole pas trop avec ce livre.

Le fonctionnement impitoyable de la chaîne, la cadence mécanique qui détruit les corps et les esprits, le manque absolu de compassion dans les yeux des chefs, qui embauchent des immigrés pour pouvoir exploiter sans vergogne leur peur de l'expulsion, la "rationnalisation" des bureaucrates en beau costume qui cherchent à produire plus et se foutent éperduement de la santé de leurs ouvriers ; la fracture sociale, la vraie, c'était chez Citroën, c'était en France il n'y a pas longtemps, c'est encore dans les têtes (et dans les usines), c'est dans le récit de Robert Linhart.

Je mettrais bien ça au programme de terminale moi.


 

L'Etabli, Robert Linhart, 186pages, Minuit, 5euros80 

http://www.lalibrairie.com/tous-les-livres/l-etabli,657122-10.html?texte=Linhart

Publié dans histoire

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El Steffo 08/07/2012 23:59

Pinoche ? Calet ? Kesako ? Encore un de ces mystères littéraires qui émoustillent notre détective à l'ouie si fine et aux yeux fureteurs.
Aussi, ne manquez pas sa nouvelle aventure : "Eugénie Gratin et les mangeurs de lurette." (éditions Si tu savais)
A lire en mangeant des pâtes, comme l'héroïne.

elsteffo 01/07/2012 20:04

Suite à ta recommandation, confirmée par "Quentin le Rouge", je viens de terminer "L'établi".
C'est du lourd. C'est poignant. C'est pinoche, comme disait Calet.
Et même s'il s'agit d'un témoignage, la qualité du style et de la construction dramatique placent ce livre en Littérature, si, si ! (ou, pour le moins, en fait le chaînon manquant entre les
Sciences Humaines et la Littérature).
Ah, au fait : oui à Queneau et non à Musset (d'autant que Musset + Queneau = Musso...)
A bientin, madame Gratin.

mélanie 08/07/2012 16:12



rho, Musset ! Lorenzaccio, c'est du grand art ! (bon, les autres trucs non. mais Lorenzaccio !!)


je suis finalement d'accord pour placer ça en chaînon manquant, des sc hu vers la litt... Disons que le but premier n'est pas de manipuler le langage, donc j'ai tendance à considérer que ce n'est
pas de la littérature... Mais si on se lance dans ce débat, on va retomber sur la question à la con à laquelle personne ne sait répondre (qu'est-ce que la littérature) : abstenons-nous !


 


(calet ?)



marianne 27/06/2012 10:12

ouais ben le programme de terminale est en perdition ma chère Mélanie... En première, les élèves ont 4h de tronc commun et 2h de spécialité pour traiter le programme des littéraires. Soit 6h en L,
jusque là tout va bien. Mais en terminale, il n'y a plus que 2h de littérature par semaine et donc seulement deux oeuvres au programme ! 2012-2013 : Raymond Queneau et Alfred Musset.

mélanie 01/07/2012 02:33



ha non mais en histoire ! c'est pas du tout de la littérature, même si c'est bien écrit. (queneau et musset, moi je dis allelujah, même si bon, ça dépend en fait : de quel musset on parle ?)