La question du jour (2)

Publié le par grr atteint



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Bon, imaginez, vous entrez dans un métro. Il est minuit trente, il n'y a personne, c'est-à-dire, environ dix personnes. (Dix péquenots dans le métro, c'est personne, ne dites jamais le contraire à un habitué des sandwischades de 18h30 si vous tenez à vos doigts de pied -il est très exercé à marcher dessus)
BREF, vous entrez donc dans cette rame quasiment vide, et là, vous avez le choix : un jeune à moitié endormi, une canette de bière à la main, un cinquantenaire usé, bleu de travail et peau bronzée, et une jeune fille qui lit un livre sans embêter personne.
OU VOUS ASSEYEZ-VOUS ?
1-à côté du jeune endormi, de toutes façons il dort
2-en face du vieux monsieur, qui a l'air gentil
3-vous restez debout, par esprit de contradiction.

Eh bien figurez-vous que la plupart des gens viennent à côté de la jeune lectrice. Je sais pas ce que c'est, les lunettes, le côté "je lis, donc je suis dans un autre monde, donc en vrai je ne suis pas là, donc si vous venez à côté de moi, en vérité vous serez assis tout seul", ou autre chose, mais il semble que la plupart des gens se disent, dans leur p'tite tête :
Alors, qu'est-ce qu'on a ce soir... un jeune qui dort, oulà, il a quoi dans sa main ? une cannette de bière, d'accord alors lui, s'il se réveille il va sans doute vouloir m'agresser, non merci... De l'autre côté, on a quoi ? Un bronzé, super, ils sont vraiment partout, et à n'importe quelle heure en plus. Et l'autre là ? Ah, une jeunette. Elle a des lunettes, ça fait deux ettes, ça veut dire que la place est chouette. En plus c'est sans doute une intello, allez, je vais lui pourrir sa lecture.
Oui parce que précisons une information importante : vous n'êtes pas seule (et vous êtes une fille). Avec vous se trouve votre meilleure amie, ou toute autre personne du même sexe que vous, dotée de magnifiques oreilles que vous jugeriez profondément dégradant de ne pas abreuver abondamment d'un babillage abyssalement creux mais, et c'est l'essentiel, continu.

Vivons à présent cette scène dans la tête de la lectrice :
Oh non les deux pétasses, elles sont pour moi. Allez, va à côté du monsieur, il te mangera pas je te jure. Ou regarde, à l'autre bout du wagon il y a une place libre... Ouiii t'es en talons mais tu peux le faire je le sais, aie confiance, non, pas à côté de moi ne t'arrête pas là argh non non non
-hé Antonnella, on se met là ?
-okay
grmpf. Bon, mélanie, c'est bon, c'est pas grave, plonge-toi dans ton livre... Où j'en étais...
-tu sais pas ce qui m'est arrivé l'autre jour ? j'ai fait brûler une tarte!
-nan ?
Allez, Goethe. Charlotte a accouché, Edouard n'est toujours pas revenu de guerre, Odile se cache pour laisser jaillir de ses yeux charmants des larmes délicates qui inondent son jeune coeur d'une douleur aigüe mais pourtant douce, la rapprochant de son amour...
-tu te lèves à quelle heure le matin en général?
-ben, ça dépend de l'heure à laquelle je me couche.
HUM. Odile rêve d'Edouard, en costume militaire, sur un cheval cabré, portant un drapeau qui flotte au vent. Les plis du tissu qui claquent fièrement ne sont pas sans rappeler le drapé de la robe de Charlotte... Le coeur de la chère enfant se serre à l'évocation de sa rivale, pour qui elle éprouve une telle affection! Perdue, le pauvre ange ne sait plus que penser, vers qui tourner ses yeux, et dans un mouvement de désespoir charmant, elle joint ses mains en une prière fervente qu'elle adresse au ciel :
-et pour faire un collier, tu fais comment ?
-alors déjà, très important, il faut que tu prennes du fil, sinon ça tient pas.
AAAAAAAAAAAAaaaaaaargh cassez-vous!


MOI, je vais toujours à côté du vieux travailleur. Je lui fais un sourire en m'asseyant, il me regarde avec gentillesse et ya tellement de lumière dans ses yeux que c'est bon, je peux suivre Odile dans sa douleur angélique et tendre et charmante et bien mièvre et putain Goethe, toi aussi tu me fais chier.

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Marianne 17/08/2010 21:57


ben en général je m'assois près de la porte si j'ai le choix