Par gentillesse je ne citerai pas le titre.

Publié le par gratte un

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Moi je croyais que Marine allait parler de ce film à base d'oeuf et d'eau qu'on a vu ensemble et que j'allais pouvoir me la péter en disant ha vous avez vu, je suis pote avec Marine (elle a été skyblog star un jour). Mais elle en parle pas. Bon. Du coup je vais faire comme elle (en tant qu'ex-skyblog star, elle sait ce qui est exploitable sur un blog ou pas) 

 

Alors n'en parlons pas.

Parlons plutôt des commentateurs de texte.

C'est vrai, qui, parmi vous, pense aux commentateurs de textes? Bah voilà, pensons, ensemble et aujourd'hui, aux commentateurs de texte.

 

Donc les mecs ils commentent des textes. C'est-à-dire on leur donne un texte, ils trouvent un truc à dire dessus. Et attention, pas "j'aime", "j'aime pas", "j'aime trop", "j'aime pas trop", "j'avais mieux aimé celui que déjà j'aime pas". Non, ils analysent. C'est insupportable.

Parfois bien sûr ça n'est pas insupportable; quand c'est du Balzac c'est intéressant. Regardez comme le château que l'on aperçoit au loin dans ce qui semble être le tableau triomphal et sans tâche du succès de Lucien annonce en fait sa chute à venir et colore toute la scène d'un éclat tragique et superbe.

 

Mais il existe des commentateurs de texte sans bouton off. Les mecs vous leur donnez du Plus Belle La Vie, ils vous le commentent.

-dites, docteur, vous vous souvenez de ce qui s'est passé hier soir?

-mais non lieutenant, personne ne se souvient de rien puisque nous étions tous drogués. Par contre quand nous nous sommes réveillés nous étions enlacés; peut-être qu'on s'est embrassés...

(Dialogue authentique. Si.)

 

-notez comme chaque personnage utilise la fonction de l'autre pour l'interpeller; ce faisant il maintient une sorte de solennel et soulige ainsi sa volonté de ne pas être trop proche de l'autre. Cette forme associée à ce fond-le soupçon qu'ils aient passé la nuit ensemble- ajoute à l'absurde de la situation un comique discret et efficace.

 

Un jour je leur écrirai "voilà, commentez-moi ça" et ils trouveront quand même quelque chose à dire.

-remarquons que ce "ça", fortement mis en valeur de par sa position finale ainsi que par l'assonance avec le premier mot de la phrase, qui de plus le désigne, n'est pas sans rappeler le célèbre "ça" gouailleur du style très oral bien que divinement écrit de Louis Ferdinand Céline.

 

Alors je n'écrirai plus rien et ils resteront là à encore dire des trucs.

-une page blanche, mais c'est brillant. Nous présentant cette oeuvre qui n'en est pas une, l'auteur renverse les rôles; il nous place dans la position qui est d'ordinaire la sienne et se place, lui, en spectateur de notre imagination. Cette page blanche illustre magnifiquement l'universalité de l'art; nous pouvons, à notre tour, prendre la plume et créer quelque chose de plus parlant que cette feuille qui ne dit rien.

 

 

 

 

 

 

Ha mais hé, peut-être que c'est ça qu'il a voulu faire le mec.

-Le spectateur moderne est un assisté! il regarde sans se poser de question, sans chercher à lui-même créer. Je vais leur donner envie de faire des films mieux que ce qui se fait moi. Allez, un mec qui marche et qui boit de l'eau. Des oeufs au plat. Un insecte qui bat des ailes devant une capote. Le père prend un médoc. Les chaussures sont trop petites. Pourquoi tu n'as pas d'autres enfants? Nous avons une brochure d'aide. Le banc. Le pot de fleur par terre. Voilà. Si après ça ils ont pas envie de prendre eux-mêmes les choses en main.

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marianne 17/04/2011 13:32


en fait non, moi j'abandonne


Marianne 06/04/2011 13:53


le spectateur moderne assisté va changer avec l'avènement de nouveaux profs de français qui vont leur apprendre à penser en AUTONOMIE. (premier stage en établissement lundi)


mélanie 06/04/2011 23:28



ha, ouf! :)



. 06/04/2011 12:55


Il y aurait tant à dire sur cet article. Tant à analyser dans les non dit, dans les silences et dans tout ce que l'auteur veut nous faire comprendre que je ne sait par où commencer! C'est tellement
profond...
A d'Orléans


Mélanie 06/04/2011 23:26



commence par mettre un s à ton je sait.


 


(hum, pardon si t'es pas la personne que je crois que tu es, A d'Orléans. En vrai je suis pas méchante.)



Balbylon 06/04/2011 12:31


Nous sommes entré dans l'ère du "je commente tout" et "je donne mon avis sur tout". Un effet d'internet.
La télé offre son chant du cygne. Le spectateur passif n'a plus que quelques années devant lui.
Le pire, c'est quand elle essaie de copier les mécanismes du web en nous montrant des "témoignages" ou des "avis" soigneusement sélectionnés pour leur inutilité et leur condescendance. Ou en nous
faisant "voter" par sms pour 0,50€.
C'est valable également pour la radio.

Signé : Un commentateur qui commente pour ne rien dire


Mélanie 06/04/2011 23:33



Notez comme ce commentaire est monté en cercle; le couple que forment la phrase d'introduction et la formule utilisée en signature, est d'une ironie mordante et relève le sarcasme sur
les émissions de télé actuelles du soupçon d'esprit que ces dernières ne possèdent pas.


 


(ok, JE n'ai pas de bouton off)