Reflets dans un oeil d'homme, deuxième acte

Publié le par Grr atteint

 

RefletsDansUnOeild'Homme

 

 

 

J'aimerais reparler de Nancy Huston. (et de Reflets dans un oeil d'homme, chez Actes Sud) J'avais fait un article gentil qui disait en gros oui bon, elle est féministe c'est avéré, elle réfléchit sur le féminisme, elle critique un peu, mais c'est fait de façon intelligente donc ça va, enfin je crois que ça va, je continue à réfléchir.

Et en fait non. Je réfléchis toujours mais là pour l'instant, je trouve qu'en fait non, ça ne va pas. Du tout.

 

Reprenons : Nancy écoute les théoriciens du genre. Qui disent : il faut arrêter de dire que toutes les filles aiment le rose la douceur les hommes forts et tous les garçons le bleu la force les filles sages. C'est archi-faux, nous ne sommes pas notre sexe, nous inventons notre sexe, nous créons notre moi en investissant notre sexe, d'une manière qui nous est propre et personnelle. Chaque fille définit ce qu'est être une fille et pas l'inverse.

Nancy les écoute dire ça, donc, puis elle regarde les gens autour d'elle. Et là elle voit que la plupart des filles aiment le rose la douceur les hommes forts, la plupart des garçons le bleu la force les filles sages. Hé ! s'écrie-t-elle donc. Hé ! Vous vous trompez, théoriciens du genre ! Vous construisez un monde faux, vous refusez au nom de beaux principes (égalité tolérance amour compréhension) le monde réel, vous voulez nous faire croire que le sexe n'est pas une différence fondamentale mais regardez autour de vous : en fait si ! Depuis quelques années par exemple avec l'invention de la photo, le culte de l'image, le cinéma, les filles ont la possibilité de devenir des femmes-objets et elles se ruent dans cette possibilité ! C'est donc un fait : les femmes veulent être des femmes, féminines. Les hommes regardent les femmes et ça leur fait quelque chose, biologiquement. C'est donc un fait : les hommes veulent que les femmes soient des femmes féminines. Les sexes nous définissent. Ce sont des faits, des constats, arrêtez de vous aveugler et de nous raconter que le sexe c'est pas fondamental. Ca l'est. Je suis une fille donc j'aime être regardée.

 

Mais NON. 

Il m'a fallu du temps pour réagir, au début je disais juste, oui bon, c'est vrai au fond, et puis elle s'appuie sur des observations. Comme elle le dit, nous n'allons pas conseiller à une jeune fille de quinze ans de mettre une mini jupe pour se ballader dans un coin peuplé de jeunes garçons. C'est vrai c'est vrai.

Il n'en reste pas moins que redire "ha bah quand même la majorité des filles aime le rose et la majorité des garçons aime le bleu, les mecs bandent mécaniquement face aux jeunes sexys et les filles mouillent face à l'autorité virile voire violente", c'est rester les pieds dans le marécage de la réalité sans diriger sa tête vers le soleil de l'idéal. Vous vous dites que cette image est pourrie, et vous avez raison, mais elle me permet d'enchaîner sur : Nancy, tu te couches dans un marécage. Bien pourri bien puant, et tu veux nous y entraîner avec toi. Les transsexuels et les homos ne comptent pas à l'échelle biologique, dis-tu, les filles doivent ne pas trop provoquer les hommes, dis-tu, les hommes sont des prédateurs nés, dis-tu. BEURK.


A la limite, si tu rajoutais beurk, ça m'irait. On peut reprendre ton constat (plutôt juste), lui rajouter beurk et hop on retombe sur nos pieds : dans le monde d'aujourd'hui (occidental), les filles se font de plus en plus objets, elles font très attention à être "belles", elles se définissent par un regard, qui même s'il a été intériorisé reste le regard de l'homme qui désire. Okay. Dans le monde d'aujourd'hui, les transsexuels ne sont pas pensés. Vrai. Dans le monde d'aujourd'hui, les homos sont considérés comme un cas à part. (même si on commence à les regarder de façon bienveillante, on les regarde de loin ; ces gens ne sont pas comme nous autres hétéros normaux.) Vrai. C'est l'état d'esprit général, c'est ce que l'on voit si l'on observe. Oui. Et c'est là qu'il faut rajouter : ha mais c'est une généralité ! Il y a des exceptions ! Des tonnes ! Il y a des filles qui se foutent d'avoir des boutons et qui refusent de prendre des cachets chelous juste pour moins en avoir. IL Y A DES TRANSSEXUELS. IL Y A DES HOMOS. 

Les théoriciens du genre proposent DONC un autre modèle de pensée, lequel incluerait tout ce qui sort de la pseudo-norme à laquelle Nancy Huston semble vouloir revenir. (et qui s'appuient sur de vraies recherches scientifiques, cf la revue sciences humaines qui disait récemment que nous avons en réalité CINQ sexes -chacun) Ils disent : la réalité telle que nous la concevons n'inclut pas tout le monde, changeons notre conception des choses. Elle dit : attention ! ils s'éloignent de la réalité ! Ouiiiiiii Nancy. Tu te mords la queue ma cocotte. Ils s'éloignent des apparences (qui nous définissent en partie si nous y croyons) et nous demandent d'arrêter d'y croire. Nancy vient et dit hé mais ce sont les apparences pourtant ! Il faut les prendre en compte. Est-ce une avancée de dire ça ? Est-ce une avancée ou une reculée ? Nancy fait-elle réellement progresser les choses en défendant de façon insidieuse des concepts rétrogrades ? (la question oratoire, définition : question à laquelle la réponse est évidente)

Voilà voilà.

 

 

On en reparle peut-être dans quelque temps. En attendant c'est un succès, j'en vois passer pas mal en caisse des Reflets dans un oeil d'homme. J'en suis bien contente, tous ces lecteurs qui vont lire qu'il ne faut pas oublier que notre cerveau n'a pas eu le temps de muter aussi vite que notre société et que nous sommes des animaux préhistoriques qui se forcent à avoir l'air civilisés. Et finalement le viol est logique, quand même, ces filles qui s'habillent de façon si provocante, elles l'ont un peu cherché.

Publié dans essai

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Jacques C 20/07/2012 00:13

Et puis surtout, comme tu le dis d'ailleurs, tout cela concerne notre société occidentale. Nancy Houston constate que dans notre société occidentale, les femmes sont conditionnées pour... et les
hommes conditionnés pour... Bref, elle enfonce des portes ouvertes, qui ne contredisent absolument pas la théorie du genre !

Que des femmes, ayant grandi depuis leur plus petite enfance dans une société donnée, soient marquées par les codes culturels de cette société, c'est une tautologie, une évidence, une banalité.

Prétendre que cela permettrait d'en déduire que ces codes culturels sont universels et définissent l'humain, c'est profondément crétin.

En gros, Nancy Houston a regardé le doigt et se permet de dire que la Lune n'existe pas. C'est consternant.

En tout cas, pour te rassurer, Mélanie, la situation est moins pessimiste que cela ne paraît. En sortir ne passe pas uniquement par une aspiration idéologique : il suffit d'arrêter de prendre notre
civilisation occidentale pour le centre du monde. Des sociétés qui fonctionnent autrement, il en existe. Peu, mais il en existe.

marianne 11/07/2012 19:13

^^ j'adore ton nouveau chef !

mélanie 12/07/2012 22:31



hihi, ça m'aurait étonné :)



El Steffo 08/07/2012 23:44

Espèce d'idiote ! Tu es fière de toi ? NANCY, REGARDE MOI QUAND JE TE PARLE ! Tu nous a contrarié Mélanie avec tes théories observationnistes et catégoriseuses. Et maintenant, elle est colère du
clavier ! Avec raison, d'ailleurs.
Evidemment, cela ne donne pas envie de lire le bouquin, d'autant qu'il manque un aspect capital dans cette polémique
: le rapport individuel d'une personne, quel que soit son sexe biologique, à la société qui l'entoure. A savoir, le choix d'une pensée et d'une posture qui s'affranchissent ou pas (l'oupastage est
ici fondamental) des conditionnements multiples et de l'instinct grégaire, .
Bref, une curiosité de vie qui permet de monter et descendre à loisir du manège. (j'arrête là, je ne continuerai à philosopher qu'en live devant une pâtisserie, c'est ainsi).
Fuck l'autorité, love le guidage.

mélanie 13/07/2012 22:14



Mais oui ! En fait, j'ai lu ce livre en ayant dans la tête un a-priori positif sur Nancy Huston. Je me suis auto-aveuglée. Il faut que je lise d'autres textes d'elle. 


(et je le signale, lire "oupastage" me fait plaisir)