un point d'interrogation, ça peut être positif?

Publié le par gras teint

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 Il était quand même sympa, le monde des Grecs.

Si.

 

On marchait dans la rue, pour aller acheter du pain, claquer une bise à la belle-soeur ou pour promener son chat, que sais-je, et -bon, déjà, notons: on était en toge. C'est sympa, la toge.

Ha bah si, tout le monde en toge... Imaginez. Le prof en toge. Tout l'amphi en toge. Les vendeurs en toge. Le barman en toge.

Bref. On était tous en toge, donc.

Mais en plus, tout, mais alors, tout, autour de nous, parlait.

A nous. On était au centre d'un univers qui nous parlait, à nous! Et tout ça, grâce aux dieux. Si ça, c'est pas sympa.

 

Je passe à côté d'un arbre, les feuilles frémissent, ha, je m'arrête, j'écoute, c'est un message des dieux.

Je me casse la gueule, j'ai mal au genou, MAIS je suis content; c'est un avertissement des dieux.

Je croise une femme, elle éternue, ouhlà, faut que je m'éloigne, les dieux l'aiment pas trop.

 

C'était sympa!

Maintenant, on se fait un peu chier quand même.

Reconnaissez-le.

 

Je passe à côté d'un arbre, les feuilles frémissent, rien à foutre.

Je me casse la gueule, j'ai mal au genou, AIE.

Je croise une femme, elle éternue, ouhlà, faut que je m'éloigne, elle va me contaminer cette pute.

 

 

 

...

 

 

Mais comment on en est arrivés là? Donnons, à ce stade du récit, la parole à Socrate. Socrate?

-oui, bon, c'est peut-être un peu de ma faute. Mais enfin, vous viviez dans une caverne! Dans l'illusion! Cela ne pouvait durer!

 

Merci Socrate. Pour ta punition, tout le monde croira que tu n'existais pas. Tu passeras pour une invention de ton disciple, brillant, au nom moins cool mais à la tête moins moche, Platon.

 

 

 

Ben ouais. On était peinards à dialoguer avec les arbres et à être content de sentir une douleur dans notre genou et v'là t'y pas que l'homme débarque là-dedans. L'Homme et son esprit à la con de oui mais, est-ce que je ne peux pas aller plus loin?

 

Voilà bonjour, je m'appelle Platon, je porte une toge, je suis pas très très beau mais quand même plus que Socrate qui d'ailleurs n'existe pas et je vous informe que vous regardez le mauvais côté de la pièce là.

-hein?

-ouais, les images jolies, tous ces trucs trop cools, c'est les apparences les gens! Venez avec moi, on sort, on va chercher la Vérité!

-OUAIS!

 

On a tous crié ouais parce qu'on est logiques, on se disait, si ça c'est les appararences, mais waouh de waouh qu'est-ce que ça doit être trop beau la Vérité.

 

Et puis non. Maintenant les arbres ne parlent plus et on est des assemblages d'atomes sur une poussière qui fonce à toute vitesse dans un espace inconnu (dans quelques millénaires on s'apercevra qu'on est dans une goutte d'eau sur la lunette des chiottes d'un géant) Notre douleur au genou est envoyé par un nerf et nos pensées, nos choix, nos vies, sont à peu près toutes déterminées par notre enfance, notre environnement social et peut-être un peu ce qu'on mange aussi.

 

Ha bah super, on est content de le savoir.

Les ombres qui dansaient sur le mur, elles étaient vachement plus jolies que ce chemin caillouteux à la con. En plus on allait bientôt avoir la 3D.

 

 

 

Le gros, gros drame dans tout ça, c'est qu'une fois qu'on s'est retournés, une seule fois qu'on a vu que c'était un mur, on peut plus recommencer. On regarde le mur, on sait que c'est un mur, et putain ces images elles sont belles. Mais plates. On regarde les cadeaux au pied du sapin et le verre de lait a été bu, mais on s'en fout. Ah bah ça alors, Papa, tu bois du lait? Dis donc, mais c'est incroyable! Waouh, j'ai des cadeaux...

Ya plus de magie, le sourire est moins grand, les battements de coeur moins faciles.

 

A jamais.

 

Coincés dans le chemin qui pique les pieds, qu'on avance ou pas.

A mort Platon?

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Raphaël 13/10/2010 02:28


La vérité c'est plat et froid. Vengeons-nous mangeons-la.


mélanie 13/10/2010 11:11



wha, j'adore! et hop, je te le pique!



Marianne 12/10/2010 09:33


je ne suis pas fan de ta remasterisation de cette cette allégorie... et en plus le découvreur de la réalité va chercher ses potes pour la leur montrer et il me semble qu'après ils le tuent parce
qu'ils sont dégoûtés de ne plus être dans l'illusion, non ?

Et moi je dis Vérité à tous prix !


mélanie 13/10/2010 11:13



ah mais oui, vérité à tout prix. Sauf que quand même, le prix il est sacrément élevé et parfois, on finit par se dire que c'est un poil triste. Non?



Raphaël 11/10/2010 22:02


Bravo.